De l'imprévisible au visible
On peut parler de corps avec la peinture. Loin d'être une activité seulement intellectuelle, l'idée - qui est peut-être initiale en art - et la pensée qui en résulte ,même dans le langage abstrait prennent corps et se matérialisent dans les attributs expressifs de la matière et de la couleur.
Marie-Claude Véry a au plus haut degré ce goût pour les matériaux vivants de la peinture, cette droguerie magique de l'atelier qui transforme tout ce qu'elle recèle en lumière picturale et en espace d'imagination.
Je me souviens de grandes toiles colorées faites dans la lumière de la Provence et dans les couleurs de mai, de collages riches de la superposition de nombreuses scéances, de longues heures de modèle où la liberté d'approche est devenue la récompense d'une solide formation académique.
Mais quels que soient sujet ou technique, l'art de Marie-Claude Véry semble essentiellement inspiré par le rythme de la nature. C'est cette inspiration qui donne une profondeur et une sensibilité dans chaque chose qu'elle nous montre. Les ateliers partagés en Provence, à Paris, ou en Grèce m'ont toujours conforté dans cette appréciation.
Elie Faure appelait " constructeurs" ces artistes qui ont la rare capacité à approfondir.
Il y avait Cézanne. Il faudrait y ajouter Braque, Giacommetti aujourd'hui.
M.C Véry est de ces créateurs qui voient sans doute loin à l'intérieur du tableau, au delà du temps même de son exécution, et la chose se retrouve remise sur le métier autant de fois qu'il le faut pour que l'oeuvre aboutisse, jusqu'au terme de sa logique formelle, émergeant à l'évidence pour nous convaincre et nous émouvoir.
Conciliation élevée entre impulsion initiale, celle de la volonté et du projet - souvent lui-même né de l'oeuvre précédente - et les suggestions de la matière, de la couleur dans un esprit de composition autant que d'improvisation...... et l'imprévisible devient alors visible.
Daniel Lacomme